Un employé travaille sur une ligne de production fabriquant des vannes pour raccords de tuyauterie à Wenzhou
L'économie chinoise a progressé l'an dernier de 5,0%, atteignant l'objectif de croissance fixé par le gouvernement en s'appuyant sur une forte demande internationale qui a compensé l'impact des droits de douane américains et la faiblesse de la consommation intérieure, une stratégie toutefois difficile à faire perdurer.
Depuis l'effondrement de son secteur immobilier en 2021, la Chine a focalisé ses ressources sur son pôle industriel plutôt que sur ses consommateurs afin d'atteindre ses ambitieux objectifs de croissance, avec pour effets une surproduction endémique et de contraindre les usines à trouver des clients à l'étranger.
Plus que jamais, l'an dernier, la deuxième économie mondiale a engrangé des parts de marché à travers le globe, enregistrant un excédent commercial record de près de 1.200 milliards de dollars, soit un montant en hausse de 20% par rapport à 2024 et équivalent à la taille d'une économie telle que l'Arabie saoudite, parmi les vingt premières au monde.
Si elles ont décliné vers les Etats-Unis, les exportations chinoises ont augmenté à destination du reste du monde, les producteurs oeuvrant à la conquête de nouveaux marchés pour se protéger de la politique de droits de douane agressive du président américain Donald Trump.
Mais la réussite des industriels tournés vers l'export contraste avec la faiblesse de pans intérieurs de l'économie. Des données publiées lundi mettent en exergue cette dualité: la production industrielle chinoise a progressé de 5,9% l'an dernier, soit davantage que les ventes au détail (+3,7%), tandis que les investissements immobiliers ont plongé de 17,2%.
Des analystes préviennent que la croissance de l'économie chinoise pourrait continuer de ralentir, et nettement, dans les années à venir, si Pékin ne parvient pas à prendre des mesures favorables aux consommateurs et à soutenir les secteurs qui dépendent des achats effectués par la population dans le pays.
UNE CROISSANCE "DUREMENT ACQUISE"
Une enquête réalisée par Reuters montre qu'une majorité d'économistes s'attendent à ce que la Chine connaisse cette année une croissance d'environ 4,5%, et idem en 2027.
"Il est compliqué d'imaginer comment l'excédent commercial pourrait continuer de s'accroître à cette vitesse indéfiniment à l'avenir, ne serait-ce uniquement parce que cela provoquerait des réactions protectionnistes plus larges à l'étranger", a commenté Christopher Beddor, économiste chez Gavekal Dragonomics.
L'économie chinoise a progressé au quatrième trimestre de 4,5% sur un an, montrent des données officielles publiées lundi, battant légèrement le consensus (+4,4%) mais ralentissant par rapport au trimestre précédent (+4,8%), plombée par une consommation et des investissements au ralenti. Il s'agit de son rythme le plus faible en trois ans.
En rythme trimestriel, elle a progressé de 1,2% sur la période octobre-décembre, selon le Bureau national des statistiques (BNS), alors que le consensus ressortait à +1,0% après une hausse de 1,1% au troisième trimestre.
Sur l'ensemble de l'année 2025, le produit intérieur brut (PIB) de la Chine a augmenté de 5,0%, répondant ainsi aux attentes du gouvernement qui avait fixé un objectif de croissance annuelle autour de 5,0%, comme en 2024. Les analystes anticipaient en moyenne une hausse de 4,9% sur l'année écoulée.
Cette croissance l'an dernier a été "durement acquise", a déclaré lundi le directeur du BNS, Kang Yi, reconnaissant que l'économie faisait face à des problèmes et des défis, notamment une offre robuste et une demande faible.
Les investissements en capital fixe ont diminué de 3,8% en 2025, soit leur premier déclin annuel depuis que ces données sont compilées, en 1996, et un signe des pressions auxquelles font face les municipalités pour alléger leur dette plutôt que développer de nouvelles infrastructures - leur traditionnel outil de croissance.
Les investissements privés ont eux reculé de 6,4% alors que les entreprises ont été peu enclines à s'agrandir, au regard des surcapacités de l'économie et de la prudence des ménages, qui ont préféré épargner plutôt que dépenser.
(Kevin Yao et Ellen Zhang; version française Jean Terzian)

2 commentaires
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer